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Un éclairage citoyen sur la laïcité instituée…

La Laïcité InstituéeVoici un livre qui fera date, tant le sujet traité est prégnant et fait dramatiquement écho aux évènements qui secouent la Centrafrique depuis près de 2 ans. En outre, l’analyse de l’auteur renvoie indirectement – et en partie - au travail que j’ai entrepris avec le Pacte Républicain, signé le 7 Novembre 2013 par les plus Hautes Autorités de la République Centrafricaine. Ce Pacte Républicain qui fait partie intégrante de  la résolution n° 2027 de l’ONU du 5 Décembre 2013…

Michel CATUHE dans son livre « La laïcité instituée » qui vient d’être publié aux éditions NUO s’interroge et nous interroge. L’expérience de la France peut servir de miroir à nos propres interrogations sur un sujet aussi sensible mais dont la prise en compte est essentielle à la résolution du conflit en Centrafrique.

Il s’agit d’un texte répertoriant les éléments indispensables pour comprendre la laïcité telle qu’elle est aujourd’hui. L’ouvrage retrace de façon pertinente le cheminement juridique de la laïcité en France, rappelant les motivations de ses instigateurs. Les enjeux de la laïcité et les aspects les plus litigieux du sujet sont aussi largement abordés, tout comme les notions de démocratie et de république.

EXTRAIT 1 :

Un éclairage citoyen sur la laïcité instituée.

L’histoire et le droit.
C’est par l’histoire et le droit que nous avons construit ce concept. Ce n’est donc pas un travail universitaire cantonné dans une discipline, mais une œuvre de citoyen passionné par la chose politique, toujours présente. L’histoire est un continuum qui se poursuit dans notre actualité et le droit n’est pas intangible.
Parfois, c’est la durée d’une situation historique qui triomphe de la règle de droit, comme vient de le montrer au mois de février 2013, la décision du Conseil Constitutionnel de déclarer conforme à la Constitution le régime dérogatoire d’Alsace-Moselle dit du « Concordat napoléonien », en vigueur depuis 1924.
Le plus souvent, toutefois, c’est le contexte historique qui éclaire les règles de droit décidées et permet de les interpréter pédagogiquement dans le présent. La connaissance de ce contexte est donc primordiale pour leur utilisation actuelle.

Le Sénat et le Forum
La visite de Rome montre la proximité du Sénat et du Forum. Entre le lieu où siègent les institutions qui élaborent les politiques et les règles de droit c’est-à-dire le Sénat qu’on a appelé plus tard l’Etat, et le Forum où naissent les opinions des citoyens, qu’on appellerait aujourd’hui l’opinion publique dans la société, la continuité spatiale est visible.
Au contraire, l’histoire de la laïcité est marquée par un grand écart entre les institutions sources du droit issues du principe de laïcité et les opinions véhiculées dans la société sur notre principe. L’apogée de cette schizophrénie eut lieu pendant la guerre scolaire (1947-2009). Ne nous leurrons pas. Nous en sommes responsables ou plutôt notre classe politique, qui n’a pas, jusqu’à présent, entrepris le travail de réconciliation entre les deux.
C’est la raison pour laquelle nous consacrons un chapitre de notre essai à cette « guerre scolaire », non pas pour l’analyser en détail, mais simplement comme explication de l’origine de l’ignorance du sujet « laïcité » dans la société. Parce que pendant la « guerre scolaire », l’école a produit bien peu d’enseignement laïc des religions et de la laïcité.

L’arrivée des musulmans.
Leur irruption, en 1989, par l’affaire du foulard au collège de Creil a surpris. Elle a eu lieu dans ce contexte d’ignorance de notre principe de laïcité, si bien que très vite la question a été posée de « la compatibilité de l’Islam avec la laïcité ». Comment aborder cette question entre une religion mal connue et un principe dont tout le monde a simplement entendu parler, sans l’avoir réellement intégré par un enseignement à l’école ?
Nous n’avons pas de « récit laïc » à notre disposition pour entreprendre une œuvre pédagogique à l’égard tant de ces nouveaux arrivants que de nous-mêmes.
L’essai dont vous allez prendre connaissance aborde ces questions sans, selon l’expression consacrée, ni totem ni tabou. Simplement avec la conscience claire donnée par la confiance de celui qui a travaillé longuement le sujet au sein d’un groupe de citoyens. Et qui privilégie l’accès à la connaissance, sur toute autre considération personnelle, philosophique, religieuse ou politique ?
Ce n’est que dans la conclusion que vous verrez émerger le tréfonds spirituel qui a guidé la confection de cet essai. Je sais qu’il est laïc.

EXTRAIT 2 :

La laïcité instituée et les religions.

Les évidences doivent quelquefois être rappelées : il n’y aurait pas de laïcité s’il n’y avait pas eu de religions.
Notre pays a pris beaucoup de retard dans la connaissance des religions. Longtemps, notre système d’enseignement a voulu ignorer les religions, leur histoire, leurs rites, leur influence dans les sociétés où elles étaient pratiquées. Fruit de la séparation, d’une conception étroite de la laïcité, excluant les religions ? Sûrement.
Cette ignorance est une trahison de l’esprit des Lumières. Au XVIIIe siècle, au début de la Révolution tout pouvait et devait être étudié, dès lors que la rationalité et l’esprit critique guidaient la recherche et la publication des résultats.
Ernest RENAN (1823/1892) nous avait clairement montré le chemin lorsqu’il avait déclaré :
« Une seule occupation me paraissait digne de remplir ma vie : c’était la poursuite de mes recherches antiques sur le christianisme, par les moyens beaucoup plus larges que m’offrait la science laïque » et sa statue, sur la place de TRÉGUIER, avait été inaugurée en 1903 par Émile COMBES, alors président du Conseil. N’oublions pas non plus qu’Ernest RENAN est l’intellectuel qui a donné une définition de la nation qui, depuis, est « LA » référence.
Dans notre modernité, sa leçon a été oubliée. La laïcité en est devenue frileuse, confiscatoire entend-on de plus en plus.
Il est temps de reprendre les études. Parce qu’à l’heure de la mondialisation, nous ne pouvons plus ignorer ni notre histoire, ni notre culture, ni celles des autres. Si du moins nous avons encore l’ambition d’intégrer les arrivants, but conditionné par une autre ambition : celle d’être et de demeurer une nation porteuse d’une civilisation.
Dans cet essai, nous avons, modestement commencé, lors de la construction de la laïcité instituée à approcher la compréhension du mot religion, à travers les expressions du langage courant : la liberté religieuse, la liberté de culte, liberté des diverses pratiques religieuses….
Toutes expressions, très souvent confondues. Ce travail d’analyse a été très insuffisamment exploré par notre République, sauf par le Conseil d’Etat dans les affaires qu’il eut à connaître au cours du XXe siècle.
C’est regrettable, car il épure énormément le concept de « laïcité », en renvoyant sur des mots voisins, mais différents : sécularisation, intégration, culture, des faits et des définitions de pratiques, aujourd’hui confondues avec notre concept attrape-tout de « laïcité ».
Vous trouverez ces développements dans la partie III de notre essai, ainsi qu’une brève incursion dans le CORAN, dans l’annexe E.

Retrouvez cet ouvrage majeur sur le site de l’éditeur :

http://www.editionsnuo.com/livres12.nuo

 

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A propos de Christophe Gazam Betty

Ancien Ministre d'Etat - République Centrafricaine

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